Danser dans le ciel de Stanwell

« La routine c’est comme planter un arbre, plus on le laisse s’installer, plus les racines poussent et plus il devient difficile de l’arracher ». Cette phrase est signée Taylor, un des cinq colocs de Jeff qui m’a accueilit trois semaines à Sydney, en plus de me trouver un travail de jardinier et de coursier à vélo.
Je devais rester seulement quelques jours avec cette folle équipe, mais la connexion était trop forte pour que je me taille si vite.
Séjourner dans cette maison c’est prendre le risque de ne plus repartir.

Sont représentés l’Italie, la Chine, l’Argentine, l’Australie et la France. Citoyens du monde n’est pas qu’un concept.

Ces quelques semaines dans la peau d’un coursier à vélo furent palpitantes au coeur d’un système « uber-eats » où se déplacer 500 m pour un café-croissant devient trop difficile aux yeux du consommateur 2.0. 
Avec les intrépides colocs de « Cleveland street » (Edo, Taylor, Dion, Jaq’i) nous quadrillons Sydney afin de servir des clients aussi pressés qu’affamés.
Tels des hamsters en cage, nous pédalons, encore et encore, dans la jungle du trafic urbain en enchaînant les courses à un rythme parfois déraisonnable. C’est que nous avons le souci du détail, le repas doit arriver bien chaud ou la glace pas trop fondu. 
Parfois, le bon déroulement de la livraison cafouille totalement. Entre le restaurant qui emballe non hérmetiquement sa sauce curry, moi qui roule comme un allumé sur les dos d’ânes et le client s’empressant d’arracher le sac en carton imbibé par la sauce, le repas finit éventré à ses pieds.  J’ai l’air malin a essayé de nettoyer ce gaspillage au milieu du trottoir. Heureusement, ce fut la seule et unique fois. 
Les copains, eux aussi, ont déjà vécus cette mésaventure . On se marre bien en se racontant mutuellement nos péripéties de livraison.

Sydney est certes passionnante et  bouillonnante, cependant l’appel de l’aventure qui résonne en moi est beaucoup plus puissant que tout le confort et l’argent qu’elle peut me procurer.
Chaque départ devient une nouvelle page d’écriture s’ouvrant vers l’inconnu de la « route », à la fois excitante et impressionnante.
Je sens mon équilibre au contact des éléments, sous les étoiles des bivouacs et dans la rêverie de cette liberté que je tiens entre mes mains. Liberté illusoire ou réel?
Qui peut prétendre le savoir?

Dans tous les cas, admirer à nouveau l’horizon sans ces gratte-ciels obstruant la profondeur du décor tels des tâches sur une belle peinture, me fait un bien fou.

Bivouac à Wattamola

Jeff m’accompagne pendant quelques jours au travers des sinueuses routes du Royal National Park, en direction de Stanwell park, haut lieu du vol libre. De bivouac en bivouac, nous arpentons tranquillement le plus vieux parc national australien (crée en 1879) et le deuxième plus ancien du monde derrière celui de Yellowstone aux USA (1872).
J’adore ce rythme à la cool, sans aucune pression kilométrique journalière.

Jeff mon compagnon de route pour quelques jours. Magnifique.

Finalement, le promontoire Bald hill, sur les hauteurs de Stanwell park, dévoile son spectacle « parapentesque ». À notre arrivée, suants après une bonne montée,  une trentaine de pilotes s’amusent déjà dans les conditions généreuses du jour (20km/h de Sud-Est, la perfection).

Le site de Stanwell vu du ciel. Le décollage est en contre-bas à droite. L’attéro est derrière la plage.

Je déballe l’équipement de mon porte-bagage arrière sous l’oeil intrigué des pilotes locaux dont les sacs énormes frôlent les 20 kg. Le mien ressemble à une crêpe et parait ridicule avec ses 3 kg.
Jeff me donne un coup de main très appréciable lors de la préparation de ma voile si légère qu’elle veut voler sans moi dans ces conditions ventées. La bougre!

La pureté d’une rencontre entre le gigantesque Pacifique et l’immense Australie.
Minuscule humain que je suis, joue avec un parapente dans la brise d’un océan qui rencontre un continent.

Avec le vent comme complice, danser dans le ciel vers une légèreté s’affranchissant de la pesanteur, n’a pas d’équivalent.
Je rêve d’embarquer des passagers, leurs faire découvrir cette sensation lorsque les pieds quittent le sol, tout comme la magie d’un vol partagé avec les oiseaux.
Cette vibration d’être perché haut dans le ciel j’aimerais que d’autres, n’ayant pas la même chance, la ressentent au moins une fois. Je passerai ce diplôme de pilote biplaceur, surement à mon retour au pays, afin de partager cette passion. À l’avenir, je pense notamment accompagner, vers ce bol d’air, des jeunes en situation de handicap, pour lesquels/lles le chemin de la vie n’est pas fluide. (Réflexion en cours)

L’apesenteur

À Jeff, Taylor, Dion, Jaq’i, Edo, Valentina et  Michael, je suis triste de vous avoir quitté. Je tiens à vous remercier chaleureusement pour votre aide.
Les souvenirs de ces moments partagés avec vous vont m’accompagner.
Que la vie vous protège les amis.

« Sourit à la vie, elle sourira en retour. »

Bonnes fêtes à toutes et tous.

Steve.

Publié par Un Tour d'Aile

Tour du monde à vélo, voilier-stop et parapente.

10 commentaires sur « Danser dans le ciel de Stanwell »

  1. Magnifique et tellement riche en rencontres!! Un immense merci Jeff: quelle générosité !!
    Belle idée de faire partager à des enfants handicapés : Bravo Steve pour ton grand cœur.Cette liberté extrême permettra d avoir de merveilleux souvenirs plus tard dans ta vie: tu pourras les partager au coin du feu.Bravo

  2. Quelle belle écriture ! C’est un plaisir de te lire et de partager de magnifiques photos. Nous voyageons un peu avec toi. SUPER idée de faire partager à des enfants handicapés. Tu as vraiment un grand coeur. Joyeux NOEL et encore BRAVO.

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