Fin de Transpacifique et feu à bord

La fine équipe au départ de Nouméa.

Mardi 4 octobre, 7h30 à port Moselle, le moteur ronfle, le pont s’affère à larguer les amarres pour la dernière fois dans le Pacifique. Adieu Nouméa, la Calédonie et au revoir Filou resté à terre avec son ami Lionel. À bord, c’est changement d’équiper. Thierry 54 ans, haut-savoyard baroudeur infatigable, sosie de patrick Edlinger, remplace notre filou la bidouille pour ces 800 miles qui nous sépare de l’ogre australien. Voilà, une fine équipe prête à tailler la route de l’océan.

Comme un air de Patrick Edlinger. Une magnifique rencontre.

La fenètre météo est parfaite. L’alizé de sud-est souffle rondement, avec constance. Nous hissons les voiles à la passe de Dumbéa et mettons le cap au 250. Les premières journées voient défiler respectivement 194, 185, 189 miles en 24h sous grand voile haute et génois. La navigation est une magnifique et longue glissade en quelques sortes.

On arrive bientôt!

Vendredi 7 octobre alors que le pilote automatique s’amuse à jouer avec nos nerfs en modifiant accidentellement le cap de 40 degrés pour empanner sauvagement, nous allons vivre un des pires évènements sur un navire, le début d’incendie.
Vers 22 h, Noël prend son quart pendant que le reste de l’équipage tente temporairement de trouver le sommeil.
Pour bien commencer la nuit, une claque à 25 noeuds de vent, toute voile dehors, m’éjecte de la bannette du carré par un violent coup de gîte.
Je me retrouve par terre sous la table accompagné de quelques magasines de la bibliothèque. Tout va bien madame la marquise. La situation me fait sourire et je m’empresse de la raconter à Noël sur le pont.
Quant à lui, le bateau part au surf à 14 noeuds, excité par cette survente.
Avec Noël nous prenons deux ris et quelques tours d’enrouleur de génois afin de calmer ses ardeurs.
Le reste de l’équipage bien calé contre les cloisons des cabines arrières ne bronche pas.
Au moment de retourner m’allonger, je sens une odeur anormale de plastique chaud. Noël confirme. Nous commençons à chercher frénétiquement à l’intèrieur la moindre trace de flamme. Rien, que dalle! Nous fouillons les placards comme des rats morts de faim. Toujours rien, mais l’odeur se fait toujours plus présente.
Ça commence à sentir le roussis.
Nous revenons dans le cockpit à la vitesse de l’éclair et ouvrons les coffres arrières. Une épaisse fumée blanche, irrespirable et acre s’échappe de celui à bâbord. Nono plonge littéralement sur le jerricane d’essence et les bouteilles de gaz stockés à cet endroit. Je tente de l’éclairer au projecteur au travers de la fumée. Nous extirpons le danger tant bien que mal en apnée.
Voir la bonbonne d’essence et de gaz hors de la fumée nous calme le temps d’un instant, puis permet de réveiller Henri et Thierry.
Tambourinage sur la porte des cabines: » Réveillez-vous les gars, il y a le feu. On déconne pas ». Branle bat de combat, les quatres sont sur le pont aux alentours de 23 h.
Henri, ingénieur électricien, empoigne un extincteur puis le vide entièrement et quasi immédiatement dans le coffre. La neige carbonique vole dans le cockpit et la fumée semble s’estomper comme par magie.
Énorme soulagement, même si la victoire n’est pas encore déclarée. Cinq minutes passent dans le silence à fixer le coffre dans l’attente d’une potentielle reprise de feu.

Pour une fois nous ne rigolons pas comme à notre habitude suite à des épisodes rock-and-roll. Personne, non plus, ne veut parler des conséquences d’un démarrage de feu dans l’essence ou bien d’une fonte de la coque. Chacun à bord sait que ce genre d’évenements fini dans le radeau de survie.

Paradoxalement je me rendors à grande vitesse comme apaisé par cette vision de la neige étouffant la fumée. De 1h 30 à 3h 30, je suis de quart, comme si de rien était, à part peut-être l’odeur acide régnant toujours à bord.

Le debriefing au petit-dèjeuneur conclue à une fuite d’huile chaude du groupe électrogène sur un câble électrique, comme cause de la fumée.


Pendant ce temps le vieux renard file ses 8-9 noeuds avec un air de feu aux fesses en direction de Bundaberg à quelques 250 miles de là.
Surement pressé d’en découdre avec les douaniers australiens!!
À vrai dire, lors de notre arrivée le 8 octobre au soir, nous avons été assaillis de questions en tout genre par l’Australian-Border-Force. Durant 1 h 30 ils ont été fidèles à leurs réputations.

La suite au prochain épisode, puisque demain je prends la route pour une longue serie de kilomètre à travers l’Australie. L’incroyable Transpacifique se finit donc ici à Bundaberg et une nouvelle histoire, à deux roues, va commencer à s’écrire. Elle s’annonce surement tout aussi épique.

Steve.

Publié par Un Tour d'Aile

Tour du monde à vélo, voilier-stop et parapente.

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