Faux départ de Transpacifique

Des mouillages de rêves, des conditions de navigations idéales, tout était réuni pour une traversée tranquille, mais en mer l’imprévu est roi.

Top départ. Merci Kulliva pour la photo prise depuis La Niña.

Très souvent on nous questionne sur les raisons et les objectifs de notre périple. Questions récurrentes, devenues avec le temps assez fatiguantes. Comme si nous devions toujours avoir une bonne raison et l’explication adéquate pour justifier nos choix.
Ce voyage n’est finalement qu’un long apprentissage. Une école de la vie dont les enseignements ne sont écrits nulle part. Quotidiennement, nous apprenons à relativiser, à se satisfaire du minimum, à prendre soin de la nature, à se libérer de nos préjugés, nous gagnons en persévérance, self-contrôle, humilité et lâcher prise. La mer ou la route sont comme la haute-montagne, elles imposent cette remise en question, loin d’être évidente à entendre. Ce départ sous un soleil radieux en est un bon exemple.

Le bonheur avant les doutes. Photo de Kulliva

Récit de ce contretemps – 13 Mars, J-1.

Le stress est présent. Nous sortons de deux semaines de préparation du voilier Hopalong. En l’absence du capitaine, on a bossé comme des fous pour réduire cette liste. C’est sans fin, des lignes supplémentaires viennent toujours s’ajouter plus vite qu’elles ne se rayent. On grimpe aux deux mâts, il nous faut nettoyer, graisser, vérifier, remplacer les ris dans les baumes, recoudre des pennons, réparer le désalinisateur.

Un peu de grimpe.

Alors que tout n’a jamais été aussi prêt, les listes se rallongent. Soudainement, il devient indispensable de commander certaines cartes, il est absolument nécessaire de mieux ranger la salle moteur et nous ne pouvons partir sans ces petits agrafes médicales introuvables au Mexique.

Au final, on a tous un peu la trouille, non ? On a beau se préparer, avoir plus d’expériences qu’avant, avoir l’âge, la jeunesse de son côté, le grain de folie qui va bien, il y a toujours un moment où il faut se jeter dans la gueule du loup. Les prétextes ne manquent pas pour rester à quai.

Jour J, 6h du matin.

Le capitaine décide de l’heure de départ, ce sera 17 heures en marée haute. Les poids sont déplacés à l’arrière, l’eau est livrée en même temps que des appels au GRISNEZ et la JRCC-TAHITI. Les voisins Canadiens, Américains, Mexicains, passent tous avec des suggestions sympas, mais ca n’est pas le moment. On est occupé bon-sang et de mauvais poil après cette matinée chargée.

16h. Une heure avant de partir, on lâche prise.

On démarre le Gps Garmin pour programmer un routage, pas de démarrage. Mince alors, pas moyen de le mettre en route, on informe Andrew. Il cherche, ouvre le tas de fils derrière le tableau de bord, c’est un vrai binz là de-dans ! Il essaye deux ou trois techniques. Mise à part vérifier la connexion des fils ou éventuellement le courant entrant, on n’y connait pas grand chose surtout que ça ressemble à un sac de nœud innommable. Il décide avec un aplomb de capitaine, qu’on s’en passera, on a des cartes papiers et une tablette avec Navionics, c’est suffisant. Il a raison.

Les voisins commencent à comprendre notre besoin de calme et de tranquillité. Ça discute plus loin devant le bateau. On fixe, ferme, bloque, range, démarrage du moteur, ça y est ça tourne.

Les ami.es nous font des adieux chaleureux. L’ambiance nous fait tout chaud au cœur. On lance des Merciiiis, des À bientôôôt aux Marquises ! L’écho nous renvoie bon veeeent, faaaair wind, bon voyage ! C’est beau.

17 h pétante, Hopalong quitte enfin cette Marina étouffante pour le grand air. Le voilier La Niña nous suit, Ricardo sonne les cornes brumes, « tnutnnuuut », pour un dernier au revoir.

Hissage de la voile de mizzen. Photo de Kulliva

Tout sourire, on s’attele à nos postes, on monte la voile de Mizzen. Sandrine au pied du mât a bien vu le bout du ris n°2 (cordage réduisant la taille de la voile) s’écraser puis s’étirer. Elle prévient: « ça va casser, stop ! ». Au tour de winch de trop, le ris rompt dans un bruit sourd et sort de la baume en pendouillant lâchement dans l’eau. On improvise un ris directement au pied du mât. La girouette affiche 28 nœuds dans les rafales. Les voiles sont prêtent, avec deux ris dans chacune, on file à presque 7 nœuds. Le moral est bon.

Des moments uniques.

La nuit tombe vite, Sandrine prend le premier quart. Elle surveillera le bateau toute seule de 21h à 1h du matin, puis Steve entre 1h à 4h du matin et Andrew de 4 à 8 heures. Cette première nuit en mer est sublime avec une lune presque pleine.

Jour 2, On jette l’ancre dans la baie de San Basilio.

San basilio. Basse californie.

À 11h, toute l’équipe est debout. Notre Hopalong, arrive tranquillement dans la baie de San Basilio.
Nous jetons l’ancre en face de rochers blancs dans une magnifique baie à l’eau turquoise.

Le calcaire coquillé

Andrew, le Capitaine, propose de réaliser une cérémonie Mapuche pour honorer notre voilier et lui porter chance. Andrew allume quelques feuilles de tabac naturelles Mapuche. Chacun souffle la fumée partout sur le bateau, en récitant : « chance à notre navigation, chance à notre voilier, chance à l’équipage. » Puis nous versons quelques gouttes de vin rouge en offrande à la mer.

Jour 3, Repos à San Basilio.

À la recherche de l’arbre des voyageurs.

Ce matin, le vent est absent, le voilier restera au mouillage. Avec l’annexe nous rejoignons la plage à la recherche de l’arbre des voyageurs dont ont nous a tant parlé. Au sommet de montagnes, à la pointe des météores en Grèce, les grimpeurs laissent un mot de leurs passages dans un petit carnet. De la même manière, sur cette plage de Basse-californie, ce sont les branches d’un arbres qui portent les mots d’anciens voyageurs, voyageuses, des navigatrices et des marcheur. Chacun évoque le rêve qui l’anime. L’arbre porte les espoirs de centaines de voyageurs. Et vous quels sont vos rêves?

Sandrine est partie en avance, elle remarque des rubans multicolores suspendus à un buisson. Il porte à ses branches des guirlandes, des drapeaux, des peintures et même des chapeaux. Elle s’y blottit un moment pour lire les messages écrits.

L’arbre du voyage.

Sandrine écrit dans le creux d’un coquillage : 16 mars 2022, tour du monde à vélo et voilier-stop par Un Tour d’Aile.

Un grand galet peint par des plaisanciers.

Jours 4 et 5  Le calme avant les problèmes.

On repart de la Baie San Basilio en direction la ville de La Paz pour se ravitailler avant les Marquises. Seule compagnie de la journée, les pélicans et les mouettes survolent Hopalong pour nous saluer.
Ils prennent leur élan depuis une bonne vingtaine de mètres à la verticale et plongent la tête la première dans l’eau pour manger quelques poissons.

En approche.

Depuis quelques temps Steve est soucieux, il entend un bruit étrange et ne peut identifier sa source. En se rapprochant du pied de mât principal à l’avant du bateau:

-« Ça y est, c’est le mât qui craque !  »

Steve nous sermonne:

-« Vite vite le mât est en train de bouger ».


Toute l’équipe est en action, on laisse l’auto-pilote diriger le bateau. Nous affalons les voiles et inspectons le pied de mat par l’intérieur. Le verdict est sans appel, une des pièces qui maintient le mât est cassée. À chaque vague il grince et nous fait craindre le pire.
On s’active, le nez dans la boite à outils pour trouver une solution et éviter de penser aux lourdes conséquences. Une rondelle bien solide fera l’affaire pour stabiliser le problème. On essaye d’y croire.
À notre plus grande chance la mer se calme et l’horizon devient plat. Le mât ne bouge plus.

Expédition à la recherche du bon boulon. 22h30

D’un commun accord nous nous déroutons vers la côte. Nous sommes encore très loin, en pleine mer et il fait nuit. Steve prendra le premier quart, Sandrine le deuxième et Andrew pour terminer la nuit.

Jour 6

Une belle journée s’annonce, mais avec un mât sur deux instable nous décidons de mettre le moteur. C’est une situation d’urgence, nous allons tout droit en direction la ville de La Paz et au plus vite pour réparer. Par chance la mer est d’huile, elle ménage notre mât !

On a de la compagnie.
Baie de La Paz.

Nous arrivons vers la mi-journée, tous un peu perturbé par ce problème de mât. Le sommeil sera tourmenté par tous ces doutes.

Jour 7, Chaque problème a sa solution! Le mât va trouver la sienne.

Le bateau est à l’ancre en face de la ville de La Paz. Avec l’annexe, nous rejoignons la terre ferme pour résoudre notre problème.
En entrant dans le port Steve aperçoit au loin deux mâts qui ressemblent très fortement à notre voilier. Et là, miracle, le même type de bateau, un freedom cat-ketch et les propriétaires sont présents. Ni une, ni deux, nous entamons les discussions avec eux sur notre mésaventure. Ils nous montrent immédiatement comment ils ont résolu le même problème en 2016. Quelle chance, la solution est trouvée dès le premier jour à La Paz. Un collier en acier inox englobera le pied de mât pour stabiliser la base.

Au mouillage à La Paz.

Le moral aura joué au yoyo ces derniers temps entre l’euphorie des départs et le désespoir des avaries techniques, mais cela fait partie du jeu. Tourner autour du monde par nos propres moyens n’est pas toujours un long fleuve tranquille.
Désormais les réparations sont en cours et nous espérons mettre le cap sur les Marquises une bonne fois pour toutes, début avril ou plus tard. Qui sait?

Sandrine et Steve.

Le lien pour suivre Hopalong

Publié par Un Tour d'Aile

Tour du monde à vélo, voilier-stop et parapente.

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