Rencontre avec un Salvadorien inspirant et vol depuis le volcan Conchagua.

José Ignacio Garcia avec son vélo un peu particulier.

La frontière Amatillo est franchie, nous avons désormais le plaisir de nous balader comme bon nous semble, sans avoir la pression des délais de tests covid.

Le volcan Conchagua, visible depuis la frontière attire immédiatement notre attention. Ce volcan domine fièrement le sud du Salvador, du golfe du Honduras jusqu’au Nicaragua. D’une simple pensée de son survol, ce volcan devient rapidement notre prochain objectif.
Arrivé au petit village Conchagua, nous tombons sur Wuenceslao Serrano. Il nous héberge et nous permet de laisser les vélos chez lui. Un grand merci à lui.

Chez Wuenceslao à Conchagua

Au sommet, le vent souffle souvent fort, rendant les décollages aléatoires.
Nous tentons notre chance.
Le lendemain après une longue journée d’attente les conditions s’améliorent franchement. Le vent baisse et s’oriente pile poile dans le bon sens.
Ni une ni deux, nos harnais enfilés nous préparons nos voiles. Le décollage improvisé, absolument non officiel est court et étroit. Concentration requise, les arbres ne sont vraiment pas loin sous la plateforme. Quelques pas et les voiles nous prennent en charge rapidement afin d’éviter l’arbrissage.

Un vol plané inoubliable entre les horizons du Salvador et du Honduras. En une trentaine de minutes nous posons en douceur à la playitas entouré d’enfants hypers curieux. On propose à chacun d’essayer le matériel et de faire du gonflage mais seulement une seule fille accepte timidement. Trés douée, la voile se gonfle au dessus d’elle, les étoiles dans ses yeux nous rendent heureux. Une heure plus tard un orage tropical balaye la région de vent tempétueux, le créneau était court mais intense. Il ne nous reste plus qu’à retrouver nos vélos chez Wuenceslao.

Le mirador espiritu de la montana depuis lequel nous avons pris notre envol

Une fois remis de nos émotions, nous reprenons la route en direction de la playa El Cuco, où nous logeons chez José et Mary à el Carao, grâce au réseau warmshowers. Comme écrit dans sa pile de livres d’or de cyclovoyageurs, ce n’est déjà pas commun de tomber sur un Salvadorien qui vous parle en français, mais se rajoute un accent québécois qui roule en vélo semi-couché ! Alors là, on a décroché la perle rare.

Une rencontre qui nous aura profondement marquée. José est né au Salvador, mais lorsqu’il a 10 ans en 1980, la guerre civile se renforce. Après d’édifiantes histoires impliquant la vie de ses frères, sa mère vendra ses terres permettant ainsi d’envoyer ces 12 fils au Canada afin de sauver leur vies, éviter leur l’embrigadement par l’armée ou par les guérilleros et fuir les attrocités quotidiennes. Nous passerons les détails de ces terriffiantes histoires, que chaque Salvadoriens portent sur ses épaules.

Au Québec, il a une vie paisible, plus confortable et un bon travail.
Mais, en 2003, il ressent le besoin de revenir dans son pays, vers ses racines, ses terres à El Carao. Bien entendu son entourage le prend pour un fou et lorsqu’il explique qu’il rentrera au Salvador en vélo, alors les « impossibles » fusent. On lui proposera même de consulter un psy. José est determiné, il fait la sourde oreille et prépare son coup. Le 28 juillet 2003 à Montréal, il enfourche son vélo semi couché, chargé comme une mule et part en direction du sud.

Il lui suffira de 9 mois pour rejoindre le Salvador, réaliser son rêve et vivre les mois les plus heureux de sa vie, comme il dit.
Il rentre avec 3000 dollars en poche, retravaille d’arrache-pied au Salvador et aujourd’hui José est à la tête d’une entreprise de 6 « tiendas » (petite superette autrement appelée pulperia). Il nous prouve que les limites sont celles que l’on s’impose.

Nous échangeons énormément sur les raisons qui l’ont poussées à partir et sur le voyage en général. Pourquoi à vélo? Pourquoi quitter son confort et son train de vie facile? Pour lui, comme pour nous, la raison principale est l’ouverture d’esprit que ce genre de voyage t’impose et t’apporte dans le même temps. Sortir de sa bulle, celle qui nous donne peur de ce que l’on ne connaît pas, n’est pas aisé. Bien sûr, l’inconnu fait peur mais la réalité est bien moins dangereuse et hostile que ce que l’on pourrait penser. Voyager dans ces zones soit disantes dangereuses nous prouve également que même dans ce genre de pays, il y a beaucoup de belles personnes.
Ne soyons pas naïfs non plus, certaines personnes ne nous veulent pas que du bien. Se faire voler serait un moindre mal… Un seul regard nous suffit généralement à comprendre que nous devons filer rapidement. Ce genre de situation que nous avons vécu est heureusement rare.

Neuf mois que nous voyageons, le temps que José à mis pour rejoindre son pays et pendant ces mois nous avons rencontré tant de personnes différentes. Des horizons de vie parfois à l’extrême opposé, des manières de pensées différentes mais dans l’immense majorité ces personnes avaient la main sur le coeur pour nous aider. Le voyage à vélo a un capital sympathie difficilement imaginable lorsque l’on ne l’a pas experimenté en dehors de l’Europe. Avec un vélo couché cela passe dans une autre dimension, qui nous laisse parfois sans voix.

Comme le dit si bien José avec son accent québécois: Les paysages s’effacent facilement, mais les rencontres jamais tu ne les oublient ».
Merci à toi José.

« La vie c’est comme faire du vélo, si tu veux garder l’équilibre il ne faut pas s’arrêter »


Publié par Un Tour d'Aile

Tour du monde à vélo, voilier-stop et parapente.

3 commentaires sur « Rencontre avec un Salvadorien inspirant et vol depuis le volcan Conchagua. »

  1. Quelle belle histoire… et quel beau déco !
    J’admire votre voyage toujours autant et je m’en émerveille à chaque fois que je peux lire un de vos nouveaux billets de blog.
    Merci pour ce partage, il fait du bien !
    Et le voyage… c’est quand même quelque chose d’extraordinaire, c’est difficilement racontable aux gens qui ne l’ont pas vécu alors merci d’essayer de véhiculer ce que vous ressentez ! c’est juste génial !
    Merci les amis !

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