On the road again – Panamá à vélo

Actualité chargée pour Un Tour d’Aile. Nos passions favorites s’enchaînent intensément ces dernières semaines. Fini la voile: pédalage, cuisses qui chauffent, envole sur les volcans Panaméens et surf à Santa Catalina. Le Panamá c’est 1020 km, 16 jours sur la selle, + 10230m de dénivelé, on vous raconte ça.

Les Bomberos(pompiers) nous acceuillent partout au Panama pour que l’on puisse camper sereinement. Privilège réservé uniquement aux cyclovoyageurs.

Le redémarrage à vélo suscite des pics émotionnels et des instants uniques de vie. Ce sont les montagnes russes du cœur, que ça soit le départ du voilier Stern avec nos bicyclettes, le passage du Pont des Amériques fumant l’échappement crasseux, la traversée des villes chaotiques, les coups de main inattendus et le combat mental contre les chiens – le corps et l’esprit se fatiguent au fil des kilomètres. Heureusement, nos précédents voyages nous on rôdé à ces ambiances bruyantes, brûlantes et désorganisées. On savait à quoi s’en tenir, sinon le choc aurait pu s’avérer brutal.

Bien sûr au Panamá il n’y a ni Machu Picchu, ni salar d’Uyuni, ni Fitz Roy, mais son authenticité, ses volcans, sa jungle et ses peuples nous touchent en plein cœur. L’état d’esprit « tranquilo amigo » comme disent les gens, en fait une région dépaysante. Après la traversée du canal de Panamá, qui s’avère un énorme business, nous découvrons un pays bien différent de cela.

Première crevaison pour Steve après 5 km sur la Panaméricaine. Ça commence fort.


Les frontières du pays que l’on s’apprête à traverser seraient nées à la construction du Canal ? Un aparté historique s’impose.

Jusqu’en 1903 ce petit territoire est rattaché à la Colombie, (on se disait bien qu’il y avait un petit air de ressemblance). Suite à l’échec français des travaux du canal entre 1882-1889 et aux scandales de ses financements (corruptions et malversations), les États-Unis rachetèrent aux français la Compagnie Nouvelle du canal de Panamá. Le président Roosevelt entra en négociation avec la Colombie, tourmenté alors par une guerre civile majeure et exige un siècle de droit exclusif sur le Canal et sa région – ce que la Colombie refusera. Profitant de la fragilité de l’union Colombienne, les États-Unis d’Amériques soutiennent militairement le mouvement séparatiste du Département du Panamá , jusqu’à obtenir son indépendance. Les États-Unis décroche alors le jackpot: construction du canal en 1918, contrôle perpétuel du canal, souveraineté dans la région et un droit d’ingérence permanent dans les affaires intérieures panaméennes. Un siècle plus tard, le Panamá est devenu la première puissance économique d’Amérique Centrale. En 1999, les États-Unis ont finalement rendu le droit d’exploitation au Panamá.

Nous, minuscules vélos, traversons Panama City, capitale aux milles gratte-ciels avec ses Barrios (quartiers) impénétrables. Nous déguerpissons, quittant les méga-périphériques, anaconda motorisé engloutissant la moindre particule d’oxygène.

À contrario du Canal et de Panamá City, le reste du pays vie à un rythme naturel. Nous pédalons où les coqs et la météo organisent les journées. Les hameaux parlent uniquement leur langue indigène. Sept comargues (comarcas) se partagent les terres Panaméennes du sud au nord : les Emberá -Wounaan dans la Région Darién, les Wargandi, Madugandi, Guna Yala en Régions Oriental et les Ngöbe-Buglé, Bri-bri et Naso au centre et jusqu’au Costa Rica. On nous salue en signe timide et nous décrochons les rires des filles à la vue du pédalage horizontal de Sandrine. Les quelques mots appris nous permettent parfois d’enclencher une discussion et des questionnements lors de nos repas en bord de route.

Certain matin la route nous offre de belles surprises. Petit déjeuner à l’eau de coco et chaire de coco.

Nous faisons la connaissance d’Arturo, qui est de la comarca Ngöbe- buglé. Arturo est un chaman timide, il n’ose reconnaitre qu’ils soignent les femmes et les hommes de la région entière. Il est torse-nu, machette à la main et collecte délicatement plantes et racines. Son dos est tatoué par les mains de sa femme Léa, Québécoise. Léa est une artiste et une tatoueuse au cœur de la jungle depuis sept ans. Ils nous accueillent sur leurs terres à l’Isla Colon à Bocas del Toro. Ensemble, ils nous content le Bocas del Toro des grands-parents, nous enseignent l’usage des plantes à nos pieds et nous goûtons: le katu (Albizia lebbeck), le culantro (Coriandre longue, Eryngium foetidum) et la Santa Maria. Nous puisons de nouvelles ressources pour la tête et les jambes en restant quelques jours dans leur jardin-forêt ou plutôt leur jardin-jungle.

La maison d’Arturo et Léa dans la jungle tropicale, aussi appelée Selva, de l’isla Colon à Bocas del Torro.
La selva du côté de Boquete.

La vie sur la route est ici très contrastée. On oscille entre des passages obligatoires sur l’infernale panaméricaine (2×2 voies sans limitation de vitesse) et les détours tortillonnants et calmes des petites routes. Clairement, c’est un zéro reproche à tous ces objets motorisés, ils doublent tranquillement avec une marge confortable. Néanmoins, il existe une constante, ces chiens sortant du fourré, jappant à 50 cm du mollet. L’unique question à la quelle tu dois répondre à cet instant : je peux les semer? Le timing-décisionnel est court, eux très rapides. C’est un débat sans fin chez les cyclos, chacun sa technique: regarder frontalement, crier, gesticuler, déguerpir en silence, discrétion totale pour éviter de réveiller ceux qui dorment, agiter un bâton, ceux qui sont contres les bâtons, les bâtons de marche/béquille accrochée au cadre. Bref, il n’y a pas de solution miracle.

Petite route en direction d’Ola, un panneau qui revient souvent au Panamá (seuls les chiens errants n’ont pas saisis la formule).
Santa Catalina. Deux jours de surf qui font plaisir et deux jours de repos nécessaire.
On montre le déco du Cerro Muela et l’atterro non officiel . On aura quand même réussit à se dégourdir les ailes au Panamá
Du coté del Valle de Anton.

Chaque journée à son lot de galères et de difficultés, mais le sourire sur le visage des gens que l’on croise n’a pas de prix et nous rappelle la chance que l’on a de vivre une telle aventure.
Yahla.

Le réconfort au Roots-hostal dans La cordillère de Talamanca après une journée de vélo sous la pluie torrentielle
Paysage de Bocas del Torro.

Bien arrivé à Bocas del Toro où nos familles viennent nous rendre visite pendant deux semaines. On est impatient. La suite du programme: plus que 15 kilomètres et on change de pays, on arrive bientôt chez le voisin le Costa-Rica.

Sources et en savoir plus sur le canal de Panama:

  • The Panama Canal, The Crisis in Historical Perspective, 1991, Walter LaFeber
  • Villar, David (2017). Americans in Panama: A Century of Occupation and Invasion. Master’s thesis, Texas A & M University. Available electronically from https : / /hdl .handle .net /1969 .1 /166055.
  • Le dessous des cartes [ Arte ] Le canal de Panama a-t-il un avenir.

Publié par Un Tour d'Aile

Tour du monde à vélo, voilier-stop et parapente.

4 commentaires sur « On the road again – Panamá à vélo »

  1. Salut Steve et Sand,

    je ne vais pas dire que j’espère que vous allez bien… je le lis dans vos récit !
    J’adore suivre vos aventure depuis la maison… avec l’espoir un jour de pouvoir en faire autant… mais avec femme et enfants c’est une autre histoire !
    C’est en tout cas très chouette de pouvoir suivre ces aventures et j’ai hâte (dans une certaine mesure) de vous voir de retour pour que vous me racontiez ça de vive voix !
    Ici la vie suit son cours… et ses détours… toujours pleine de contraintes covidesques…
    A bientôt,

    Franck

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